Paysages

Pourquoi les paysages de Lucas Weinachter dégagent-ils une telle force ? Pourquoi ça a lieu là, sur ces toiles et pas ailleurs ? Comment expliquer cette impérieuse envie d’être au pied de ces arbres perdus dans des champs en gris et noir ou sur ces plages blanches ?

Peut-être que les détails mis en avant – arbres, palissades, cheminée d’usine, escaliers – sont autant d’éléments devant lesquels nous passons souvent sans les remarquer, comme la ponctuation du paysage que nous oublions, une fois traversé. Des détails qui réapparaissent, là, pour se rappeler à nous. Peut-être encore avons-nous déjà perçu, gardé en mémoire, imaginé, déformé ces paysages et qu’ils réapparaissent sous nos yeux, clarifiés.

Des paysages de rêve ? Oui, mais comme des lambeaux de rêves – comme si ces paysages étaient de l’étoffe de rêves. D’où l’envie de retourner là où l’histoire fantasmée s’est arrêtée et d’y rester. Peut-être enfin que la puissance du trait et le choix du noir et blanc donnent à ces œuvres une aura intemporelle, comme pour des photographies, de celles que l’on retrouve longtemps après les avoir rangées dans un carton et qui font remonter de lointains souvenirs. Des images que l’on avait gardées précieusement au fond de soi et que seul l’artiste sait faire ressurgir. Quelle que soit la réponse, ces paysages restent parce qu’ils ont toujours fait partie de nous.

Philippe Beyvin

 

Paysages (2009), Galerie Felli, Paris 3ème.